Ce livre, paru en 2025 transcrit une discussion entre Pascal Blanchard et Benjamin Stora, animée par Alexandre Wirth, directeur de la communication et de développement au Collège des Bernardins.
C’est un petit livre lumineux de 150 pages organisé en 11 chapitres.
Je recommande la lecture de la préface du Père Olric de Gélis, directeur du pôle recherche des Bernardins. Il nous rappelle quelques vérités :
- La colonisation commence en 1534 avec la prise de possession du Canada par les Français, c’est donc une phase historique longue de 5 siècles
- Le rappel des positions des papes avec, dès 1462 la Bulle de Pie II qui condamne l’esclavage « crime énorme », celle de Paul III de 1537, qui condamne l’esclavage des Amérindiens (avec un silence ambigu sur la traite africaine), les controverses comme celle de Valladolid en 1550
- La mention par le Cardinal Lustiger en 1999 du drame colonial marqué par l’appropriation violente des territoires et la méconnaissance de l’humanité des populations indigènes, ce qui dessine une sorte de péché originel de l’Europe moderne
- Thèse développée en 2000 Par Kenneth Pomeranz pour qui le développement économique de l’Europe n’a été possible au XIXème siècle qu’avec l’apport des ressources puisées dans les colonies.
Il conclut en disant que, plutôt que d’excuse ou de repentance, sur une période si longue et si marquante, il semble plus important d’aboutir à une mémoire commune et de chercher à vivre ensemble.
C’est dans cet esprit que se développe la remarquable discussion qui suit.
Le livre évoque un certain « tabou français » face à la colonisation. On lira avec intérêt le premier chapitre et celui sur « L’imaginaire colonial » qui montrent que notre IIIème République a été un moment d’apogée colonial avec un Empire de 11 millions de KM², des expositions colossales et une quasi-unanimité au nom des idéaux de la Révolution française et de la mission civilisatrice de la France. La politique coloniale a été au cœur de notre histoire et une grande part de la population française est encore directement liée à cette histoire, sans compter nos territoires ultra-marins. L’actualité en reste marquée, que ce soit à travers les séquelles de la guerre d’Algérie ( les deux historiens y consacrent un chapitre et un autre dans la confrontation des mémoires entre Algérie et Indochine), les soubresauts de la Nouvelle-Calédonie, les rapports récents sur le Cameroun, les législations récentes sur l’esclavage, la mémoire, les restitutions des biens.
Les échanges évoquent également la façon dont les autres puissances colonisatrices (Européennes mais aussi le Japon, la Turquie avec l’empire Ottoman, la Russie) traitent, ou non, cette question. Les auteurs évoquent le piège de la notion de « repentance », évoquent la Françafrique, soulignent que le président Macron a posé beaucoup d’actes dans ce domaine. Le livre se termine par un plaidoyer fervent en vue de créer en France un Musée d’histoire coloniale, ce qui exige, selon eux, « courage politique, vision et engagement ».
Je me demande à titre personnel si un « Musée de la mémoire commune » ne serait pas une meilleure appellation.
Un livre à lire sur un sujet brûlant.
