Cet article est paru dans la Lettre d’Hupérion N°14 – Rencontres autour du livre et de la spiritualité de janvier 2026
Un point fait consensus dans tous les discours : se réjouir de l’augmentation de l’espérance de vie. Elle était de 32 ans en 1800 en France, de 50 ans en 1900 ; elle atteint désormais 85 ans pour les femmes (dont 77 en bonne santé) et 80 pour les hommes (dont 75 en bonne santé). Remarquons toutefois l’écart entre les milieux les plus aisés et les plus pauvres (13 années pour les hommes, 8 pour les femmes). Même si on nous annonce une progression plus lente désormais, on nous signale que les transhumanistes injectent des milliards dans l’intelligence artificielle pour prolonger la vie de nos cellules, réparer nos organes défectueux et découvrir le secret de l’immortalité. Un tel accord interroge. Personne n’ose donc se plaindre de cette augmentation ?
Quelques constats cependant : 1) Moins les personnes croient en une vie après la mort et plus elles souhaitent vivre longtemps, alors même qu’elles passent leur temps à se plaindre de cette vie ; 2) La médecine a fait de tel progrès pour prolonger la vie qu’on finit un peu partout par voter des lois afin d’aider les gens à mourir ; 3) Le poids des personnes âgées dans la société pèse de plus en plus, au point de devenir bientôt insupportable pour les actifs ; 4) Certaines personnes très âgées n’en finissent pas de dépérir dans des Epahd de plus en plus coûteuses ou se désespèrent chez elle de solitude. Cette situation aboutit parfois à des absurdités comme au Japon où de nombreuses vieilles dames commettent des larcins afin de se faire emprisonner pour être prises en charge.
Vivait-on plus mal quand on mourrait tôt ? Beaucoup de nos hommes les plus illustres n’ont-ils pas accompli leurs exploits très jeunes ? Les leaders de notre monde, les Trump, Poutine, Xi et autres, sont-ils plus sages parce que septuagénaires ? A quel âge faudrait-il fixer une limite ? Question difficile, notamment pour celui qui écrit ces lignes et qui avance en âge, justement …
La question qui se pose est celle du sens de notre vie. Dans nos pays d’Europe marqués par la Seconde guerre mondiale et les horreurs de la Shoah, un consensus implicite s’est vite établi : le bonheur viendra de l’accumulation de Biens. Nous nous sommes donc lancés dans une fuite en avant qui obsède nos vies, vide nos porte-monnaie et alimente un désir sans fin, attisé par une publicité qui nous fait constamment miroiter des objets dont nous n’avons pas besoin mais qui nous manquent. S’il y a « crise de civilisation », comme le prétend la récente Stratégie Nationale de Sécurité américaine, elle tient dans cette course éperdue. Quel est le sens de nos vies ? Pour répondre à cette question, point besoin d’atteindre 100 ans. Il suffit peut-être de se poser, de se placer en face du silence en acceptant d’ouvrir les mains et de recevoir le souffle de l’Esprit. Mon amie orthodoxe Marie-Eve m’a glissé à l’oreille que nous devions chacun « trouver notre place ». Trouver ma place ? lui ai-je demandé d’un ton interrogatif. Sa réponse m’a déconcerté. « Il ne s’agit pas de la chercher pour la décrocher, mais de l’accueillir dans ton cœur ». Plutôt qu’une espérance de vie interminable, soyons aiguisés par le désir d’accueillir notre place dans le plan de Dieu, à tout âge !
