Le Christ rouge, de Guillaume Dezaunay, chez Salvator

Le Christ rouge, de Guillaume Dezaunay, chez Salvator

Les membres du collectif Anastasis, qu’ils écrivent ensemble ou individuellement, ont la particularité de délivrer des ouvrages qui bousculent. Le Christ Rouge, de Guillaume Deazaunay, ne fait pas exception. Je dirais même qu’il va plus loin car il se lit facilement et nous confronte, à chaque chapitre, à un court extrait des évangiles, qu’il commente en s’appuyant sur de larges connaissances philosophiques et son expérience de vie d’un jeune homme de notre époque. Il nous touche d’autant plus que l’auteur s’exprime avec une franchise déroutante et qu’il pointe en nous nos facilités, nos lâchetés, notre indifférence, nos bonnes excuses. En lisant à la suite l’introduction et l’épilogue, on ne peut que se sentir violement concerné par ces 170 pages brûlantes.

Je dirais que le thème majeur de ce livre est la vie spirituelle. Ce sujet revient régulièrement (pages 20, 82, 122, 144, 165, 168) Ainsi, écrit-il page 122, « il est temps de retrouver la dimension matérialiste de la spiritualité chrétienne ». Il s’appuie pour ce faire sur la liste impressionnante des termes utilisés par Jésus et que je n’avais pas spontanément en tête. Il en donne une liste en page 12 : intendant, gestionnaire, administrateur, gérant d’entreprise, collecteur d’impôt, ajoutant qu’on y trouve nombre de discussions portant sur l’argent, le pouvoir, les dettes, la fructification du capital, l’organisation du travail… Guillaume Dezaunay nous incite à lire ces données comme une réalité spirituelle et c’est très dérangeant.

En parallèle, se développe tout au long du livre une réflexion sur le capitalisme. Elle est au cœur des ouvrages d’Anastasis, comme une dénonciation implacable, une démonstration des méfaits de cette structure de péché qui conduit au malheur du monde et des humains. C’est le cas ici ( p 32, 46, 65, 116, 138, 141). Il faut servir l’argent et non s’en servir.  Tout ce qui est dit   est exact mais on attend d’Anastasis  une réflexion plus poussée sur la façon, dans ces conditions, de faire fonctionner concrètement l’économie et nos sociétés.  Il existe sans doute différents types de capitalisme, il faut bien organiser les échanges entre humains. Faut-il tout condamner d’un bloc ? Comment s’en sortir ?

Cette double réflexion amène l’auteur à s’interroger sur le sacré en pages 80 et 60. Si la vie spirituelle se formule en termes matériels, si elle est action au service des corps, si elle est repas, soins, partage d’argent, alors le sacré n’est ni la loi, ni le temple, mais le corps du Christ, le lieu de la manifestation de Dieu, cet objet intouchable en l’affamé, l’assoiffé, la prostituée, le prisonnier, l’étranger, la veuve, l’orphelin, les petits.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce livre dérangeant et qui renouvelle notre lecture des évangiles en nous obligeant à nous interroger sur nos vies.

Allons, pour finir, une petite pique !  Voilà que la conquête spatiale est épinglée en page 49 comme un projet égoïste.  Ce n’est pas anecdotique et je voudrais être sûr que cette attaque ne signifie pas une méconnaissance de l’être humain dans sa dimension essentielle d’aventure. Il y a en l’humain un feu qui le conduit à aller toujours ailleurs, plus loin, avec hier l’invention du feu, la découverte de l’Amérique, aujourd’hui  la conception d’une intelligence collective en réseau, demain la conquête de la lune. Sans doute, l’Homme, absorbé par son désir d’infini, ne sait pas qu’il trouvera la paix en lui-même. Comment faire pour que le Christ rouge l’aide à se réconcilier avec lui-même, avec son prochain et avec son Dieu ?

crédit photo Front populaire

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1 commentaire
  • « La dimension matérialiste de la spiritualité chrétienne  »
    Une vraie question . A voir de plus près !
    Merci Patrice

Patrice Obert