Ce qu’il faut de courage, Plaidoyer pour le revenu universel, de Benoît Hamon

Ce qu’il faut de courage, Plaidoyer pour le revenu universel, de Benoît Hamon

Editions des Equateurs 2020

Fiche établie par mes soins

Lors des élections présidentielles de 2017, Benoît Hamon (BH) avait mis au cœur de son programme le revenu universel. Dans ce livre, nourri de lectures, de réflexions, de citations, il revient fin 2020 sur cette proposition, à l’époque largement incomprise.  Il prend sa part dans cette incompréhension tout en regrettant les prises de position de certains ténors du PS, comme Bertrand Delanoë, qui avait jugé son programme dangereux et s’était rallié à E Macron. Les Poissons Roses ne s’étaient pas l’époque engouffrés derrière BH, pour différentes raisons. La façon dont le PS avait raillé le candidat qu’ils souhaitaient présenter à la primaire, le positionnement de BH au sein de l’aile gauche du PS, son profil personnel nous avaient laissés sceptiques. Nous aurions pu être séduits pourtant par certains aspects de son programme, notamment par ce revenu universel. Dois-je rappeler que nous avons, parmi les premiers, dès 2016, intégré dans notre manifeste A contre courant un Revenu universel que nous avions dénommé Revenu de Libre Activité. Nous y avions consacré 18 pages (de la page 56 à la page 74) en le plaçant en priorité N°1 parmi nos 7 propositions-phares.

BH revient sur cette proposition. Il lui faut du courage, en atteste le titre qu’il a choisi. Le vrai titre serait davantage le sous-titre : Plaidoyer pour le revenu universel. Dans l’introduction, il explique le pourquoi, notamment dans deux passages clés : page 46 et 50/51. Les chapitres suivants développent les aspects philosophiques, la bataille culturelle autour de la notion du travail, l’impact du progrès technique, les atouts écologiques du revenu universel (chapitre moins convaincant), le plaidoyer proprement politique (où il règle ses comptes avec la gauche et le mandat d’E Macron).  Il traite du « comment passer à l’acte » dans le dernier chapitre, en 22 pages).

Je souhaite m’arrêter dans cette fiche sur trois points :

1° « Le revenu universel d’existence est à mes yeux la grande conquête sociale du siècle », écrit-il page 46. Je suis d’accord. Je ne reviendrai pas sur tous les aspects positifs de cette mesure. Ils sont largement et bien décrits dans le livre. Notre choix d’avoir choisi un revenu de libre activité soulignait l’importance de basculer du « travail », rémunéré et notion-clé de nos sociétés depuis deux siècles, à l’ « activité », car chacun a une activité. De ce fait, si on partage la conviction que le monde de demain aura basculé vers une société plus sobre, plus écologique, plus numérisée, plus territorialisée, moins préoccupée de la course au « toujours plus », alors le revenu universel prend tout son sens.

2° Sa mise en œuvre suppose « une réforme complète de la fiscalité en France pour la simplifier, mais surtout pour l’adapter, d’une part aux enjeux d’une économie financiarisée et globalisée et, d’autre part à la révolution numérique qui bouleverse l’économie et le travail. Il s’agit enfin de corriger les puissantes inégalités de patrimoine et de revenus qui subsistent » (p 231). En ce sens, le choix d’introduire un revenu universel sera un « choix de société ».  Ce revenu serait (première page) « versé à tous (universel), indépendant de la situation familiale de chacun (individuel), sans contre-partie (inconditionnel) et tout le temps de la vie ». On comprend mieux les propositions de financement qui sont présentées. Elles méritent attention. Sans doute le prochain travail de BH sera d’approfondir chacune des pistes. Mais évoquons-les rapidement :

  • D’abord en faire une évaluation réaliste du coût, en prenant en compte les économies réalisées en parallèle, puisque ce revenu remplacerait tous les minima sociaux, les aides au logement et les allocations familiales
  • Tenir compte d’une montée en puissance dans le déploiement dans le temps de la réforme
  • Créer des ressources nouvelles : taxe sur les robots, taxe sur les ressources naturelles, taxe sur les transactions financières
  • Revoir la fiscalité actuelle d’une part sur les revenus, en fusionnant l’impôt sur le revenu progressif et la CSG proportionnelle, et en augmentant le nombre de tranches, d’autre part sur le patrimoine, véritable source des inégalités d’argent (dans le monde comme en France, même si la France a déjà un système plus redistributeur que partout ailleurs) avec la proposition de créer un impôt unifié sur l’ensemble du patrimoine, immobilier et financier

 BH mentionne la question des familles pour lesquelles une solution adaptée devrait être trouvée. De façon générale, l’ampleur des changements mentionnés nécessite des études plus précises, des calendriers, des évaluations. L’essentiel est bien de montrer que pinailler sur tel ou tel aspect n’a pas de sens. C’est bien d’une conception de notre vivre-ensemble qu’il est question ici.

3° Le livre est sorti fin 2020 et était donc écrit au moment où la covid a frappé notre économie. Les mesures prises par les Gouvernements Macron se traduisent par un soutien massif à l’économie, à travers une série impressionnante de mesures, et un soutien, d’un montant inédit, à la sauvegarde des emplois et à l’insertion par l’économie et le social. La pandémie interroge à frais nouveaux notre conception du travail. Il est valorisé comme jamais. En même temps, c’est L’Etat qui finit par prendre en charge la rémunération d’une partie très conséquente de la population. Le débat Revenu universel pour les jeunes/ Garantie jeune universelle (ou inconditionnelle) traduit de véritables tiraillements dans la réflexion. Il conviendrait de reprendre la réflexion sur la place du travail au regard des dispositifs de soutien mis en place en raison de la pandémie : a-t-on déjà basculé vers un système de revenu universel déguisé ? Où se situe désormais la frontière ?

*

« Le revenu universel est un puissant antidote à la déshumanisation de nos sociétés. il donne du temps. Il donne de l’argent. Il donne de la liberté. Il donne la possibilité de reprendre une vie « humaine » pour partie libérée de l’addiction aux loisirs numérisés, de la consommation de masse et de la servitude volontaire au travail » (p146). Les Poissons Roses ne peuvent que souscrire à cette analyse. Ils ne manqueront pas aussi  de s’interroger, compte tenu du nombre de références mentionnées, sur les convictions personnelles et spirituelles de l’auteur. Au point de se demander parfois si Benoît Hamon ne serait pas un poisson rose qui s’ignore….

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4 commentaires
  • Bonjour Patrice ,

    Je te remercie beaucoup de ce papier que je trouve particulièrement intéressant.

    Bien à toi .

  • Le revenu universel versé à chaque personne suppose des financements massifs , si son montant n’est pas symbolique . Prenons 800 euros mensuel chiffre avancé par Benoit Hamon , il me semble . On aboutit à 800X12X66 millions de Français=633,6 milliards. Certes il se substitue à des aides existantes (RSA, APL etc.). Le PIB en 2019 est 2427 milliards. Cela représenterait donc 26% du PIB. Et le double des dépenses de retraite (310 milliards) . La question est comment financer cela sans écraser d’impôts les classes moyennes ou les entreprises dans un contexte de compétitivité internationale ? En plus,il est logique que s’il y a peu de différences entre le travail avec ce revenu minimum et donc des frais de transport de repas, des impôts en plus etc. Et le revenu minimum seul, des gens optent pour le second. Cette idée de Benoit Hamon est une fausse bonne idée. Qu’il faille aider des gens en situation difficile oui. Mais généraliser un revenu minimum à tous serait infinançable. Les couches moyennes en bénéficieraient mais on devrait leur ôter en impôts ce qu’on leur donne d’une main. Je crois beaucoup plus à l’idée d’une prime d’activité ex prime emploi, créée par Lionel JOSPIN, élargie à plus de salariés à bas revenus. Ou à une réforme fiscale. Mais le revenu minimum risque de finir soit dans une adaptation des aides existantes. Soit dans l’impasse.

    • B Hamon n’évite pas la question cf le dernier chapitre. Il examine les charges et les recettes. En l’état actuel , le RU est évidemment impossible.
      Mais la question centrale est si, philosophiquement, eu égard à l’évolution de la société, ce type de revenu paraît fondé ou non. Hamon renvoie à la création de la Securité sociale en 45. Je troue que la comparaison n’est pas idiote.
      Merci en tous cas d’avoir lu la recension et pour tes remarques affutées.

Patrice Obert