Qui portera le ciel ? Chapitre 31.

Qui portera le ciel ? Chapitre 31.

Quatrième partie : Le rayon d’émeraude.

Ô Gloria, quel aveu ! Je suis resté désemparé. Sans mot. Qu’aurais-tu dit, toi ? Il m’a regardé longuement, ne cherchant ni ma colère, ni ma condamnation, ni mon pardon.

Le monde déborde de gens qui n’ont de cesse d’avaler leurs semblables. Leur vie est déformée par cette ambition, grossir démesurément. J’ai pensé à une fable racontée par Topime. Connais-tu ce personnage qui agissait « de la meilleure façon » ? Personne ne l’écouta, le laissant s’empaler sur les pointes acérées d’une clôture. Il disait « Les humains n’eurent qu’un but : devenir très gros. Ils avalaient les fleurs qui sont si belles et sentent si bon, les animaux qui donnent le lait et les œufs, les objets qui rendent de grands services. Ils avalaient même leurs amis avec lesquels ils aimaient rire. C’était plus fort qu’eux, tout posséder ». Cet extrait m’était venu à l’esprit. Il s’était imposé à moi. Une évidence brutale, qui m’était tombée dessus et m’avait submergé. Une rage folle m’aurait poussé à m’écrier, m’insurger, traiter Egor de monstre, mais cette pensée-là m’avait paralysé au point que j’étais resté silencieux, incapable de m’indigner, de m’enfuir ou de le frapper.

Ces gens qui avalent leurs semblables, on en croise chaque jour. Des concitoyens anonymes, horribles, prêts à tout pour écraser les autres, s’enrichir, obtenir leur dû, satisfaire leurs caprices. La plupart vivent libres.

Parfois, ils ne s’en rendent même pas compte, ils supprimeraient leurs voisins d’un trait de plume. Ils ne les supportent plus, rêvent de les voir morts. Ils n’osent ni le dire, ni se l’avouer. Ce sont des assassins et la plupart vivent libres.

Je regardais Egor et je pensais aux enfants de l’usine de Shang Zhou et à la petite Meï.

Je croisais le regard d’Egor. Ses yeux exprimaient sa conscience d’un effroyable gâchis. Dès le premier instant, il avait su que les fils d’or qui le reliaient à ses six autres princesses se déliteraient et tomberaient.

Je pensais aussi à l’étrange parole de celui qui parlait de lui-même en se désignant comme « le pain de vie ».

Voici, ma chère Gloria, les pensées qui m’ont traversé ce matin-là quand Egor m’a avoué son étrange méfait. Mérite-t-il qu’on en fasse un livre ? De là à l’ériger en mythe !

J’ai besoin de ton aide et de tes conseils.

Je suis allé vomir.

Georges

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Patrice Obert