Qui portera le ciel ? Partie 1 en totalité + résumé

Qui portera le ciel ? Partie 1 en totalité + résumé

Voici 9 semaines exactement que vous recevez, chaque jeudi soir, un chapitre de Qui portera le ciel ? Je suis conscient que la lecture de ces courts chapitres risque d’avoir éparpillé votre attention. Aussi, je vous joins, en bonus, la totalité de la première partie.

J’y ajoute, pour les plus pressés, un résumé : qu’avons-nous appris ? Le narrateur, Georges Fauconnier, a été envoyé en Chine par son entreprise. Il écrit de Shang Zhou, où il réside, à une amie, Gloria, sculptrice, pour lui demander son aide afin de mener un projet qui l’obsède, écrire l’histoire d’Egor, un personnage qu’il entrevoit dans des visions. Qui est cet Egor ? Une première vision nous montre un géant marchant à grandes enjambées en tenant par ses mains aux 7 doigts ses sept filles auxquelles il est relié par un fil de tendresse. Il soutient la voûte céleste et semble commander aux heures. Gloria a hésité. Georges Fauconnier a dû revenir à la charge plusieurs fois, par lettre et mail. Il a donné à Gloria quelques informations sur sa vie, sa famille, sa mère, mourante, son père, distant, et un certain Roger, ami de la famille, qui lui fichait la trouille quand il était enfant. Jusqu’au moment où Gloria a donné son accord, sans trop savoir ce que le narrateur attend d’elle, par tendresse pour cet homme inattendu qui a su lui montrer un cœur de poète sous les allures du cadre gestionnaire en mission en Chine.  Voici comment se clôt la première partie avec le chapitre 9.

Première partie : ROGER

1

Ne poursuivre dans la vie qu’un seul et unique but. Je ne me pardonne pas d’avoir oublié mes passions de jeunesse. L’âge venant, je me rends compte que je suis passé à côté de l’essentiel en remettant toujours à plus tard ce qui aurait dû être le cœur de mon existence. Me voici en Chine depuis quelques jours. Le professionnel consciencieux que je suis ne supporte déjà plus cette cité fabuleuse et effrayante de Shang Zhou où il se retrouve perdu et sans repères pour servir les intérêts d’une firme qui le paie grassement pour une mission sordide. Étrange nécessité de résider à des milliers de kilomètres de mon pays natal pour prendre conscience de ce besoin vital. De chez nous, dans la tranquillité quotidienne de nos plaines, je ne parvenais pas à identifier ce projet qui me hante depuis toujours. Qui a dit que les paysages nous rendent intelligents ? Ici, je suis envahi de doutes, sans boussole, étranger à ces montagnes pourtant magnifiques, égaré dans cette ville qui s’étend aux dimensions de la Chine sur des dizaines de kilomètres. Incapable de retrouver mon hôtel, lire le nom de ma rue, m’orienter, me renseigner, puisque ces Chinois gênés n’ont que leur sourire à offrir à mes questions en anglais. Une voiture de l’usine passe me chercher, me conduit à mon bureau, me dépose. Le soir, elle me récupère. Il aura fallu ce dépaysement, ce sentiment bizarre, angoissant et paradoxalement apaisant, un espace vierge ouvert devant moi, ce choc de l’inconnu pour que je sois en mesure d’énoncer, avec une netteté qui m’étonne, cet impératif, écrire l’histoire d’Égor.

Gloria, merci de m’accompagner dans cette aventure singulière. Tu connais mes engagements. Toute ma vie, j’ai été un combattant de l’utile. Je me suis investi dans ma profession, y ai donné le meilleur de moi-même, me suis consacré sans compter à ce job que j’estimais indispensable. Cette activité me prenait la chair et les os, me dévorait. J’ai repoussé jusqu’à aujourd’hui l’évidence. Elle s’impose à moi, brûlante. Ecrire cette histoire-là.

Ne me demande pas de définir avec précision ce que j’attends de toi. Sois à mes côtés, fidèle et critique. Encourage-moi, j’en aurai besoin. Fais-moi confiance.

Georges

2

Quand j’ai reçu cette lettre, j’ai regardé l’enveloppe. De drôles de caractères recouvraient le timbre. Je me suis demandé qui pouvait m’écrire de ce pays si lointain. De mes doigts englués de terre, j’ai posé le courrier sur le fatras de papiers entassés sur mon buffet. J’ai repris mon travail en dessinant du pouce les arcades sourcilières de Rimbaud. Je ne parvenais plus à me concentrer. L’enveloppe voyageait dans ma tête et emportait mon imagination. Signes cabalistiques annonciateurs d’un univers inconnu, mots-images en forme de toits aux extrémités recourbées, musique dissonante inscrite en bandeau sur une portée invisible. Je l’ai délicatement reprise et l’ai observée, songeuse. Peut-être était-ce une erreur ? Qui m’aurait écrit de si loin jusqu’à venir s’accouder à mon atelier devant ma baie transpercée de ciel pour nouer ses entrelacs à mon univers de pierre ? J’ai épousseté mes doigts sur mon tablier, ai relevé ma mèche tombante, ai ouvert. J’ai lu. Je suis restée silencieuse, entourée de mes amis d’argile, adossée à mon étagère bancale.

Le message de ce courrier cheminait dans mon esprit. Il était donc parti en Chine avec Égor. Depuis le temps qu’il m’en parlait. Irait-il au bout de son voyage ? J’en ai tellement connus qui rêvent leur vie. Qu’espérait-il de moi ? Il passait à l’atelier en fin de journée, toujours pressé, le costume impeccable. Il s’asseyait sur le tabouret en calant ses chaussures sur la barre intermédiaire. Il se tenait devant moi, les coudes sur les genoux, le menton sur les poings, me fixait et m’intimait sans un mot de l’oublier, cet homme charnel dans mon univers de plâtre et de bronze. À peine respirait-il. Son souffle emplissait l’espace au point que souvent je m’arrêtais, je le toisais, la mèche dans les yeux, les mains gantées de boue. Nous nous sourions. « Tu veux du thé ? ». Il tournait la tête, dévisageait mes fantômes, croisait le regard de ces êtres qui me sont si chers. Je sentais qu’il s’interrogeait sur ma façon de vivre, farouche et solitaire. Je devinais dans ses yeux plissés une complicité affectueuse.

Parfois, nous déjeunions dans le restaurant chinois près de chez moi. Il me questionnait sur ma vie. La masse de glaise de mon atelier l’intriguait. Quelle nécessité me conduisait chaque matin à revêtir mon tablier pour l’affronter les mains nues ? Fallait-il que je sois attirée pour en perdre le sommeil et le repère des repas, pour sortir de ce combat journalier épuisée, exsangue et, en même temps, rassasiée et comblée ! Il prétendait que je me consacrais à l’essentiel. Les futilités de son métier n’étaient qu’un passe-temps illusoire, auquel il avait sacrifié trop d’heures de sa vie.

Qu’attendait-il de moi ? N’était-ce pas étrange de me convoquer de si loin pour une tâche imprécise, sans objet clair, sans calendrier. Me tenir à sa disposition, moi qui ai pour seul maître ma liberté !

Je ne lui répondrai pas.

3

Egor marche à grandes enjambées dans un immense parc. Il porte sur ses épaules Aïcha la Vivante, la plus petite, la plus précieuse de ses filles. Au loin, la silhouette crénelée d’un château dessine un foisonnement de tourelles, de flèches et d’aiguilles. Ah, le rire déferlant d’Aïcha, agrippée aux cheveux touffus de son père ! Egor bondit entre les souches sans effleurer la moindre fleur. Il tient par les mains ses six autres filles. Ils caracolent ensemble. Qui craindraient-elles ? Ce géant les défend, ce tribun apostrophe les grandes personnes jalouses de leur bonheur, ce héros cueille pour elles les mûres sauvages, protège les écureuils, fait surgir du roc des torrents où elles s’abreuvent. Allongés dans l’herbe, ils contemplent dans le ciel le miroir de leur ronde. Ses filles, ses lutines, ses chéries, ses capricieuses, chattes endiablées avides de se jeter sur lui, de l’écouter, de l’embrasser. Il leur parle de la folie des hommes, de la boue qui déborde parfois des cœurs humains pour se métamorphoser en gouttes d’or.

Elles observent le ciel qui s’assombrit, s’émerveillent des étoiles naissantes, devinent dans l’obscurité animaux étranges et figures fantastiques, Vierges et Béliers, Lions et Scorpions, tissés de lignes invisibles. Elles se reconnaissent les unes les autres dans ces signes ésotériques. Aïcha la Vivante, Iris la Joyeuse, Alexia la Rêveuse, Naïs la Belle aux longs cheveux blonds, Eva la Rigolote, Noah l’Appliquée et Morgane l’Effrontée. Elles sont reliées à leur père par un fil virtuel d’eux seuls connu, doigts effilés dont la dernière phalange s’étire indéfiniment jusqu’à ne plus être qu’une microscopique fibre de tendresse. Rien ne pourra jamais la briser. Egor respire à peine, à moins qu’il ne soit ailleurs, entre sommeil et éveil, entre vie et mort, dans l’espace asymptotique de la bulle du temps, encore présent, déjà absent, blotti dans la pointe terrestre de l’éternité, ce lieu qui lui tient de mémoire et d’action, où il se donne à chacune de ses filles. Elles scintillent, facettes biseautées de son existence. Egor étend sa main aux sept doigts. Le fil d’amour secrété à l’extrémité de ses ongles s’enroule autour d’elles et les accompagne. Chacune de ses sept préférées lui rappelle le don béni offert par le Rayon d’émeraude, prodigalité du souffle vital venu bousculer leur existence, sept filles jaillies du néant, sept sceaux, sept bénédictions. D’instinct Egor sait que la saveur de son existence gît en elles. Il n’aura plus d’autres aventures, lui le rocailleux, le bûcheron, le foreur de matière, le mangeur de sable et le buveur de sang, que celle de leur espérance et de leur aspiration au bonheur.

Egor a placé sous la voûte céleste ses paumes d’homme, rudes et tendres. La nuit n’en finit plus de se distendre ; elle avance sans se rompre, suspendue. Rares cristaux de grâce. Il faut être sensible aux subtilités de la nature pour être capable de les ressentir, pour percevoir dans les êtres humains, les animaux, les plantes et la matière cet étirement infinitésimal. L’horloge astronomique poursuit son cycle, soumise à l’arbitraire de la levée des sept doigts d’Egor. Moment privilégié où l’observateur attentif s’interroge sur des phénomènes apparemment anormaux. L’onde qui frappe l’oreille semble légèrement décalée, le souffle de certaines personnes s’accélère sans raison apparente, parfois la Terre tremble et s’enclenchent des tsunamis meurtriers que la science – l’arrogante – explique par le frottement des plaques tectoniques. Instants faussement fugitifs dont les amoureux se saisissent dans leurs baisers ou que les condamnés à mort savent goûter, eux qui connaissent le prix des secondes. Manque coupable de vigilance de notre monde de là-bas, où tout se mesure, se démontre, s’analyse, et se comprend ! Ici, on contemple, on se fond, on communie et on vit. Le silence d’Egor retient la courbe du temps.

4

Peu de temps après un message s’afficha dans ma boîte mail. Cette fois, il avait recouru à la messagerie. J’ouvris le fichier joint.

Gloria,

Je viens compléter la lettre que tu as dû recevoir. Du moins, je l’espère. Tu ne m’as pas répondu, ni même accusé réception.

Je suis parti la mort dans l’âme. Maman, ma chère maman, va mal. Nous sommes tous un jour confrontés à l’évidence de la mort de nos parents. L’inéluctable n’efface pas la souffrance. Une part de nous refuse de s’éteindre.

Avant de rejoindre la Chine, j’ai aidé un ami à ranger le stock des livres qu’il avait rassemblés pour une vente amicale organisée par une association de parents d’élèves afin de financer un camp de vacances des collégiens de troisième en Lozère. Des dizaines de livres, de tous les formats, des vieux, quasiment jaunis, d’autres à peine usagés, que nous avions à remettre en ordre pour l’année prochaine. Tu n’imagines pas la scène. Je les empoignais et les enfournais par brassées dans les cartons. J’avais une telle envie de lire les titres sur la tranche, je tombais en extase. J’ouvrais un bouquin et commençais à lire. Je me reprenais, je ne pouvais pas avancer ainsi, en m’arrêtant au moindre ouvrage. Des romans, des manuels de géographie et d’histoire, des polars, des bandes dessinées, des revues, des essaus sur le bien et le mal, le sens de l’existence. Je n’en croyais pas mes yeux. Que de grands noms ! Des vrais auteurs, pas du menu fretin, je t’assure, des penseurs. J’étais stupéfait. Tous ces écrivains vautrés les uns contre les autres ! Je découvrais les prix inscrits au stylo, un euro, deux euros, tu te rends compte, des livres qui chacun avait justifié le travail d’une vie, des ouvrages majeurs pour éclairer notre conscience collective, bradés. Nous les entassions les uns sur les autres, avec un vague souci de séparer les thèmes. Tâche difficile, il y en avait trop. Cette marée débordait des tables, dégoulinait sur le sol, encombrait les allées, empêchait de marcher. Il a fallu absolument ranger ce bazar dans l’après-midi. J’aurais voulu emporter chez moi cette littérature abandonnée, m’approprier ce savoir, cette connaissance, ces souffrances qui avaient engendré ces dizaines, ces centaines, ces milliers de pages. Quel désespoir !

J’enfouissais les bouquins, pas tout à fait en vrac, mais tassés, couverture contre couverture. J’en glissais dans les interstices. J’ai fermé les cartons en hâte, en les emberlificotant de gros scotch épais, puis je les ai empilés. Nous y avons passé l’après-midi, j’étais épuisé. Le soir, des jeunes se réunissaient. Les responsables avaient exigé une salle propre. J’étais découragé. Mon ami m’a fait remarquer que ces livres bénéficiaient d’une seconde chance. Sans doute avaient-ils été lus, relus peut-être, par plusieurs personnes dans une famille, prêtés, égarés, rendus. Ils avaient voyagé entre Paris et la province au gré de déménagements ou de séjours en vacances. Un bon parcours de livre, en somme. J’ai été rassuré. Les livres vivaient. Peut-être allaient-ils hiverner un an ou plus dans la cave associative. Demain ils reviendraient et poursuivraient leur œuvre éducative tandis qu’un jour, moi, je mourrai. Moi qui ai la folle prétention d’ajouter à tous ces chefs-d’œuvre oubliés, galvaudés, éparpillés, l’histoire d’Egor, ce livre que je dois écrire, que je vais écrire et pour lequel, Gloria, tu vas m’accompagner, parce que c’est notre destin.

Georges

Notre destin ? Il en parlait bien légèrement… Je n’aime pas cette idée de destin. Il serait écrit que nous devrions exécuter telle tâche, réaliser tel travail, tenir tel rôle, croiser telle personne ! La vie est un fleuve ouvert à toutes les rencontres. Elle chemine et creuse son lit, s’adapte à un terrain perméable, s’enrichit de la traversée d’un terreau. Qu’est-ce qui le poussait à croire que son destin était d’écrire ce livre ? Il m’en parlait, c’était vrai, depuis notre rencontre. Quant à penser que j’avais un rôle à jouer dans cette histoire…

Que sais-je de Georges Fauconnier ? Il s’est présenté à moi lors d’un de ces multiples salons auxquels je participe dans l’espoir de vendre quelques pièces pour survivre. Il s’est montré intéressé par mes travaux, a passé beaucoup de temps dans l’espace d’exposition, m’a demandé si je sculptais d’autres types de sujets. Je lui ai répondu que je me consacrais aux êtres vivants, femmes, animaux et hommes. Cette énumération, que je reconnais un peu provocatrice, l’a amusé. Il s’est arrêté devant le buste de l’Africaine. La façon dont il l’a contemplée m’a surprise. Ce n’était pas l’attitude d’un amateur d’art. Il semblait suspendu au regard de cette femme, ce trou aveugle que mes doigts avaient foré avec rudesse pour forger dans l’argile une étincelle de vie. Il ne parvenait pas à détacher ses yeux de ce visage aux hautes pommettes ; l’arc des sourcils, le front bombé traversé de fines rides, la chevelure hâtivement enroulée dans un fichu, les lèvres épaisses, ourlées et le menton fier. Il est resté longtemps devant elle. Cherchait-il à lire ses pensées ? Il a repris sa visite, l’air préoccupé. Avant de quitter le stand, il s’est approché de moi et m’a demandé tout à trac « Vous étiez amoureuse de cette femme, n’est-ce pas ? ». J’ai dû bafouiller une réponse gênée. Il est parti et je suis restée troublée.

5

Gloria,

Je sais que tu as pris connaissance de mon dernier mail. Ne te presse pas pour me répondre. Une vie entière m’a été nécessaire pour me décider. Quel ingrat je serais si j’exigeais de toi une réponse immédiate. Je t’imagine dans ton atelier. Tu tournicotes, avales une tasse de thé, hésites, plonges les mains dans l’argile, tâtonnes, renonces, soupires. Ma demande te perturbe, je le conçois. J’en suis désolé. Ton aide m’est indispensable.

Il y a quelques semaines, j’ai rendu visite à mes vieux parents. Je voulais leur dire que j’avais l’intention de prendre un congé sabbatique pour me consacrer à écrire une histoire qui me hantait. Le docteur a diagnostiqué à maman une rechute de son cancer. Elle était fatiguée, assise dans son grand fauteuil. Papa tournait en rond, comme toujours, électron en orbite autour de son épouse, se tourmentant d’un rien, inquiet de tout. Il venait de barricader l’appartement. Il avait fixé en travers des fenêtres des planches de bois qu’il avait scellées en apposant un verrou. Seule celle de la cuisine ouvrait encore. Les autres étaient condamnées. Il craignait que des rôdeurs vinssent les dévaliser en passant par les toits ou en marchant le long de la gouttière. Maman avait opté pour un léger foulard en soie, ultime maquillage destiné à cacher sa calvitie. Pauvre Maman. Elle suffoquait. Il ne s’en rendait pas compte. Il avait insisté auprès d’elle pour qu’elle gardât sa perruque dans la journée. Je crois qu’il ne l’a jamais vue tondue. Ils suivent le soir un cérémonial très étudié pour qu’elle s’harnache de son bonnet de nuit sans qu’il soit agressé par la vue de sa femme diminuée. Elle se gardera belle pour lui, jusqu’au bout. Sans doute a-t-elle oublié ses infidélités, ou lui a-t-elle pardonné, je ne sais pas.  Ai-je d’ailleurs cherché un jour à savoir ? Sa tendresse pour son mari me touche. La sueur coulait le long de son cou. Rien à faire. La fenêtre devait rester fermée. J’ai seulement obtenu de mon père une concession sur le foulard. Je me suis senti lâche.

Je n’ai guère besoin de parler avec maman, nous nous comprenons. Avec papa, nous ne nous comprenons pas, donc nous ne nous parlons plus. Cet homme a placé en moi ses espoirs de promotion sociale. J’ai été élevé, instruit, éduqué pour réussir et j’ai accompli son projet.  Quand j’ai été recruté chez Stan pour occuper un poste de chef de service, son vœu s’est réalisé. J’ai compris que j’avais rempli la mission qu’il s’était fixée, faire de ce rejeton un grand manager.

Je ne parvenais pas à leur parler de mon intention.

A un moment, papa s’est approché de moi et m’a demandé de le suivre dans leur chambre. Le lit est entouré de deux tables de nuit qui proviennent de l’héritage d’un vieil oncle bourguignon. Deux lampes de chevet identiques éclairent deux napperons en fine dentelle blanche. Des boîtes de médicaments s’empilent, pyramides incertaines. Un miroir est fixé au mur, au-dessus d’une tablette sur laquelle mes parents ont installé des photos d’eux et de moi. On m’y voit avec mon épouse et nos deux garçons. Signes de la vie qui se poursuit au-delà de mes parents, sourires de tendresse qui veillent sur eux quand ils dorment. Sur le côté, une photo de Roger, l’ami de la famille, survit aux événements familiaux et cherche toujours mon regard. Face au lit, une penderie permet aux parents de ranger leurs affaires. Papa a baissé le ton. J’ai tendu l’oreille, intrigué.

  • Les clés, a-t-il soufflé d’une voix feutrée, les clés pour les fenêtres, je les planque là-haut.

Avant que je ne réagisse, Il s’est glissé derrière la porte, a extrait un escabeau, l’a déplié et a grimpé cahin-caha jusqu’à la dernière marche. Il a levé le bras, soulevé en tâtonnant une petite planche en bois et m’a indiqué de la main une cachette. Il en a sorti un trousseau de clés, ainsi qu’une enveloppe qu’il m’a montrée. Elle regorgeait de billets de banque.

– Maintenant, tu sais, m’a-t-il soufflé. C’est pour toi, si jamais je décanille… Tu es le seul.

Il m’a regardé. J’étais stupéfait. Il est redescendu de son escabeau, l’a rangé, m’a pris par le bras. Nous avons rejoint maman.

 Quelques jours plus tard, STAN m’a envoyé en Chine.

Georges

6

Gloria,

Je ne t’en veux pas de ton silence. Pourquoi me répondrais-tu ? Nous nous connaissons assez peu. Je comprends que tu t’interroges sur mes mobiles. Je suis conscient de la confusion de ma requête. Je regrette l’embarras que je te procure. Je ressens une telle aspiration à ne pas peser, à me dissoudre dans la brume du matin quand le soleil peine à percer. Parfois l’envie de ne pas exister me traverse. Disparaître. Tu me comprends, j’en suis certain, et tu souris de mes divagations.

Ecrire cette histoire me tient debout. Je ne baisserai pas la garde tant que je n’aurai pas satisfait à cette exigence. Je ne méconnais pas la vanité de cette ambition. Je le sais, le temps efface le nom des écrivains. Tout s’oublie. Futilité des choses et des êtres… Que signifie la reconnaissance des humains, volatile, fragmentée, versatile, conditionnée par les effets de mode ? Elle est plongée de nos jours dans le grand bain de l’information en continu qui déverse des torrents de messages dont l’origine n’est même plus connue.  Chaque manipulateur est téléguidé par plus manipulateur que lui. Dans ce brouhaha généralisé, l’auteur, voué à l’écriture, est conduit à commenter son œuvre quand il faudrait la lire, la résume pour tenir dans les trente secondes accordées par le journaliste, finit par lancer une phrase. Quelques mots pour une vie, un cri dérisoire qui ne déchire même plus le bruit environnant, se perd dans l’indifférence. Jadis, la Personne se fondait dans le collectif. Aujourd’hui elle est engluée dans la masse informe des individus. L’auteur ? Oublié, anonyme, invisible ! Ne restera de moi, grâce à toi, que ce personnage, Egor.

Peu importe l’écrivain, définitivement. Alors, pourquoi t’associer à cette entreprise, te consulter, te faire perdre ton temps ? S’il ne doit rien rester, si la vacuité envahit à ce point nos existences dans notre civilisation du déchet ? Pour l’œuvre, uniquement pour l’œuvre. Incréée, suspendue à l’origine des temps, sans fil, ni filet, ni fondation. Sans la barbe d’un faux savant pour lui donner de la respectabilité, sans le regard enjoué d’un enfant pour susciter l’émotion, ou l’avis aléatoire d’un commentateur, l’œuvre dans son état brut. Orpheline, vivante. Voilà ce qui m’intéresse, la raison pour laquelle j’ai besoin de tes conseils.

Tu ignores pourquoi je t’ai choisie. Peu importe. Tu es à Paris quand je suis ici, à Shang Zhou.  Je ne supporte pas cette grisaille, ce tourbillon perpétuel autour de moi, ces visages multipliés de jumeaux, ces caractères incompréhensibles que je ne lis, ni déchiffre, ni suis capable de reproduire. J’ai besoin de toi. Nulle autre personne, aussi chère soit-elle, ne pourrait remplir ce rôle. C’est ainsi.

N’oublie pas de me répondre.

Georges

7

Je lui ai dit « oui ». Mesure-t-on toujours les conséquences de ce petit mot ? « Oui, j’accepte d’être ta femme », ai-je un jour répondu à un homme qui prétendait m’aimer et que je croyais aimer. Façon de sauter dans le vide. Pour la confiance, l’aventure, le pari. Oui, pour l’aider à extraire de lui-même ce personnage comme j’accouche de l’argile les femmes et les hommes qui peuplent mon univers. Oui, parce que lui opposer un « non » aurait été trop triste. J’aime le côté imprévisible de cet homme aux allures de notable juste-milieu, botaniste et pansu. Une rotondité bienséante de quinquagénaire qui apprécie la bonne chère et le vin capiteux, une légère tonsure bordée de cheveux grisonnants, une démarche tranquille de pingouin, l’aspect satisfait de lui-même que tout cadre supérieur arbore sans même y penser. Il porte à l’annulaire gauche une alliance qu’il se plaît à caresser de sa main droite pour bien attirer sur elle l’attention, mon attention. Très vite, il est venu me rendre visite dans mon atelier, cette grande pièce lumineuse à laquelle j’accède par un escalier qui marque la séparation entre l’espace où je dors et celui où je vis. J’y passe le plus clair de mon temps. Moi qui n’ai jamais accepté un emploi de salarié, qui ai toujours refusé d’appartenir à la classe des exploitées du système, je suis devenue au fil des années une assoiffée de travail, commençant tôt, finissant tard, ardente au labeur quand l’émotion et le désir me tirent, pétrifiée et angoissée dès que mes doigts tâtonnent en vain. Une bagnarde.

Il m’arrive de rester en silence entre mes bustes, immobile, assise sur une chaise ou sur mon grand tabouret, ou encore accroupie entre deux coussins, un verre de café à la main ou une tasse de thé refroidi près des chevilles. Je vis dans mon atelier, je m’y réjouis, j’y pleurs, je m’arme de courage et j’y désarme, je flue et je reflue, je meurs et je renais. Ma chambre est un dortoir. Peu d’hommes y passent, rapidement, sans mémoire, histoire de quelques nuits sans lendemain. Je ne pourrais pas supporter davantage leur présence. L’homme, chez moi, n’a pas de poids face à la pierre. Ici, la matière envahit l’espace, impose son temps, son silence, la tessiture de l’air. Mes mains sont ses mains, mes doigts ses tentacules, ma peau son regard. Rien ne doit perturber cet étrange manège que nous jouons ensemble à longueur de journées, ce corps à corps épuisant dans lequel je reprends mes forces autant que je les consume. J’aime ce rite. Cette cérémonie en huis clos fait de moi la déesse des forgerons divins et la prostituée sacrée livrée aux forces telluriques des pierres volcaniques. De rares visiteurs me distraient. Quand échanges financiers il y a, ils ont la plupart du temps lieu lors des expositions où chez les galeristes qui m’exposent et me rançonnent. Je ne livre pas facilement l’entrée de mon antre. Je suis, en d’autres termes, une asociale, une égarée dans le monde contemporain. Autant dire que Georges Fauconnier n’a pas été invité chez moi, il y est entré en intrus. Naturellement, innocemment, sans se rendre compte du privilège dont il bénéficiait. Sa spontanéité bonhomme l’a vite rendu un familier du lieu, un habitué. Je ne connais rien de lui, ou si peu. Cadre supérieur dans une grande compagnie internationale du sport et du loisir, m’a-t-il glissé un jour. Lui, un homme du sport et du loisir ? Il n’en a aucunement l’air. C’est un gestionnaire, cette espèce que j’exècre. Quoique sa façon de regarder mes œuvres, de passer sa paume sur les visages de mes amis, de rester silencieux quand il les dévisage, me trouble. Je sens son regard me pénétrer quand, me tournant le dos, il plonge ses yeux dans la prunelle noire et aveugle d’où aucune lumière ne réchappe et où pourtant j’ai su d’une phalange donner la vie.

  • Je vous achète cette tête, a-t-il décidé en fixant mon Africaine. 

C’était donc pour elle qu’il était revenu plusieurs fois. Il n’a pas négocié le prix, marquant juste une hésitation quand j’ai indiqué la somme.

  • Elle vous ressemble, a-t-il ajouté, puis, à haute voix, comme s’il s’adressait à mes figurines de plâtre, « je la mettrai dans ma cave à côté de mon portrait, oui, elle y sera bien, elle veillera sur lui ».

J’apprécie cet homme qui parle aux statues et qui prend soin de son portrait au point de le confier à une femme aux lèvres ourlées qui ne me ressemble pas mais que j’ai aimée, c’est vrai, le temps que dure un regard dans l’éternité de la pierre.

Qu’attend-il de moi ? Pour quelle tâche ? Quelle œuvre le hante-t-il ? J’ai dit « oui » parce que j’ai toujours été stupéfaite des photographies des poètes dont les vers m’ont touchée. J’espérais découvrir des jeunes révoltés, des indiens vengeurs, des prophètes illuminés et je tombais sur des pépères sanglés dans des trois-pièces bourgeois, des types semblables aux présidents du Conseil de la IIIème République, l’air sévère, la barbiche taillée. Il m’avait parlé un jour d’un de ses professeurs de français, un homme du temps passé. C’est à cet homme que l’adolescent avait présenté en tremblant ses poésies. L’enseignant avait-il saisi pourquoi ce jeune homme impudique lui avait ouvert son jardin fantasmé ? L’apprenti-poète avait ressenti dans les cours magistraux de l’austère pédagogue le frémissement de l’âme. Il avait reconnu une aspiration commune, une sensibilité qui pourrait le comprendre. Le vieux maître avait lu et répondu. Quand Georges m’avait confié ce secret, sa voix vacillait. J’avais été touchée par sa façon de contempler mes œuvres. Je m’étais interrogée sur cette béance qu’il cachait si bien derrière son apparence respectable, ses cartes de visite et son portefeuille épais. Ce jour-là, il avait regardé mes mains. J’ai de belles mains, douces et fermes, équilibrées, aux doigts puissants mais fins, aux ongles courts et nets, des mains lisses et polies, érodées par l’argile et l’eau, des mains rassurantes et paisibles. Dans un mouvement tranquille, il les avait saisies et serrées entre les siennes, puis les avait portées à ses lèvres et avait posé sur elles un baiser. Peut-être est-ce en souvenir de ce moment-là que je lui ai répondu « oui ». On n’abandonne pas une âme d’enfant quand elle se dresse face à la rigueur des adultes, on ne rejette pas un poète quand il affronte le monde des philistins et des notaires. Ce jour-là, nous nous étions sentis proches l’un de l’autre, les mains liées.

8

Gloria,

J’ai reçu ton accord. Quelle joie !

Je ressens une profonde reconnaissance pour ta décision. Je te propose une démarche étrange, inédite, je ne l’ignore pas. Nous sommes dans un rapport du ni trop proche, ni trop éloigné. La distance entre nous me semble idéale pour ce travail en commun.

Toi qui extrais la vie de la pierre, tu es outillée pour me guider et accoucher la vérité de ce personnage. Marche avec moi avec, pour seule certitude, celle de m’être indispensable. J’accepterai tes remarques, tes doutes, tes critiques. Chacune de tes observations me sera précieuse. Je les respecterai. C’est de cette confrontation que j’ai besoin, pour être capable de relever le défi de ma vie.

Avançons.

Georges

NB Avant de nous élancer dans cette aventure, je tiens à te confier un secret. Mes parents ont été accompagnés leur vie durant par un ami de papa, Roger, rencontré lors de leurs combats de jeunesse. Un ami imposant, pesant, oppressant. Irais-je jusqu’à dire que j’ai eu deux pères ?  J’hésite à l’écrire. J’ai toujours distingué leur rôle. Je ressens pour papa une tendresse inexplicable malgré le silence qui a envahi notre relation. Je ne lui en veux pas de ses maladresses, de son incapacité à communiquer et exprimer le moindre sentiment. Je suis tellement conscient de ma difficulté à assumer mon rôle de père vis-à-vis de mes fils. Je les aime si fort, si mal. Quel enfant indigne je serais si je me permettais d’adresser à mon père des reproches que je formule à mon encontre ? Nous vivons avec nos infirmités. J’accepte les siennes, je subis les miennes. Je le remercie d’avoir parié sur mes capacités à grimper avec l’obstination dans l’univers professionnel par la seule force de ses poignets et d’y être reconnu. Je l’admire d’avoir mené son entreprise avec compétence et succès. Chapeau !

J’ai renoncé à comprendre pourquoi il a imposé à maman et à moi la présence de Roger. Cet homme me fichait la trouille. Voilà plusieurs années qu’il est mort. Son regard me poursuit. Un regard froid, dur, exigeant, qui me transperçait et me paralysait. Y brillait une source brûlante qui m’irradiait et s’emparait de mon être. Roger passait son temps à me dévaloriser. Il balayait mes efforts pour exceller à l’école, soulignait la moindre de mes erreurs, me ridiculisait, plaisantait de mon goût excessif pour les sucreries et se moquait de mon surpoids. Les parents ne lui reprochaient rien. Il jouissait d’une liberté totale de ton à mon égard. Maman me témoignait confiance et encouragements. Papa ne réagissait pas, semblant se défausser sur Roger de son autorité. Etrange dédoublement de père…

Je me surprends à te chuchoter cette confidence aujourd’hui. J’hésite à rayer les lignes précédentes. J’y renonce. Sans doute cet aveu, exprimé sans préméditation, est-il nécessaire. Pour aller de l’avant. Une clé que je te confie sans raison et sans réserve. Pour ouvrir quelle porte ? Libérer quel souvenir ? Fais-en bon usage.

9

Cher Georges,

Je t’ai donné mon accord. Quelle folie ! Comment effacer cet engagement, supprimer cette promesse qui te transporte de joie ? Tu me demandes de t’aider à écrire Egor et tu me balances dans les gencives un certain Roger au rôle obscur et prégnant dans ton enfance. Qui est Roger ? Quelle relation malsaine a-t-il entretenue avec toi ? En ces temps troubles, tu imagines que cette évocation ne m’a pas laissée insensible. Pourquoi orientes-tu mon regard vers cette réalité familiale ? Quelle part prend-il dans ce projet d’écriture ?

Et Egor ? Tu prétends le « voir » mais non le connaître. Tu me décris un homme, somme toute plutôt normal, doué de quelques qualités rares qui tiennent à des rapports étroits et de confiance avec ses enfants. Sept filles, je te l’accorde, descendance peu commune ! Le chiffre connote de nombreux symboles. D’autant que leurs prénoms éveillent les échos de contes de fée. Ce genre de récit dissimule des lectures à double sens. Evite, je te prie, de m’égarer dès les premiers pas. J’ai noté des histoires de fils d’or qui s’enroulent autour de leurs doigts et les unissent d’une façon, j’en conviens, peu conventionnelle. Liens qui libèrent ou enchaînent ? Qui relient ou entravent ? Tu me décris une étrange posture d’Egor. Il ne retient pas le ciel, ne supporte pas le poids de la Terre. Il pose ses paumes sous la voûte céleste afin de ralentir le cours du temps. Enfin, tu évoques le monde de « là-bas ». Dans quel espace, quel temps ? Et toi, dans quel camp te positionnes-tu ? Le mien ou celui d’Egor ? De là à momifier ce personnage en héros littéraire, n’est-ce pas excessif ? Dis-moi, Georges, en quoi cet Egor est-il subversif ?

Ne serait-il pas simplement ton double ? Ou ton double inversé ? Celui que tu aurais souhaité être, amateur de nature et arpenteur de champs, toi l’urbain ; entouré de sept filles, toi qui te réjouis à chacune de nos rencontres de tes deux garçons, dont tu es diablement fier ; un homme libre de son emploi du temps, toi dont l’agenda scande une vie très organisée. Qui ne rêve pas un jour de changer d’existence, d’envoyer tout en l’air et de n’en faire qu’à sa tête ? Trompeuse élucubration de l’esprit, sois en conscient. La vie que tu as, cette vie de cadre responsable, t’apporte reconnaissance sociale et commodités matérielles. Reconnais que tu l’as choisie. Personne ne t’a forcé à réussir des études, à rechercher un travail, à changer de boîte, à monter dans la hiérarchie. Ces facilités que tu dénigres allègrement, qui te permettent de visionner un film sans regarder à la dépense, de t’évader en week-end ou de filer en vacances à l’autre bout du monde, voire de m’acheter une statuette au débotté, est-ce si désagréable ? Cette vie que tu partages avec la femme que tu as choisie et que tu aimes, ce confort affectif qui vous soude et vous donne assurance et sérénité, je sais que tu y tiens. Tu ne t’en rends peut-être pas compte, tu me parles d’elle à chaque fois que nous nous rencontrons. Sans grand discours, certes, sans déclaration tonitruante. Une évidence qui constitue ton quotidien et le structure. En as-tu conscience, ce mariage qui vous unit depuis tant d’années n’a rien d’une coquille vide. Il est une réalité vivante. Alors, fantasmer d’un ailleurs… s’imaginer différent… Prétendre écrire une œuvre intemporelle, dompter le temps qui passe… Je crains de t’avoir encouragé dans ta déraison. Que cherches-tu à exprimer ? A me dire ? A proclamer au monde ? Quelle ambition te taraude ? De quelle emprise veux-tu te libérer ?

Je pensais m’associer à un capitaine rompu aux tempêtes, habitué des traversées tumultueuses. J’ai l’impression d’avoir embarqué sur un bateau ivre avec pour pilote un commandant hagard, obsédé par une vision qui le fascine et le projette sans but, ni cap. Mon amitié est-elle suffisamment forte pour te ramener au bon port ? Je m’interroge sur le sens du voyage. Je m’inquiète pour toi, pour te parler vrai.

Gloria

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Patrice Obert