Qui portera le ciel ? Chapitre 8

Qui portera le ciel ? Chapitre 8

Première Partie : ROGER

Gloria,

J’ai reçu ton accord. Quelle joie !

Je ressens une profonde reconnaissance pour ta décision. Je te propose une démarche étrange, inédite, je ne l’ignore pas. Nous sommes dans un rapport du ni trop proche, ni trop éloigné. La distance entre nous me semble idéale pour ce travail en commun.

Toi qui extrais la vie de la pierre, tu es outillée pour me guider et accoucher la vérité de ce personnage. Marche avec moi avec, pour seule certitude, celle de m’être indispensable. J’accepterai tes remarques, tes doutes, tes critiques. Chacune de tes observations me sera précieuse. Je les respecterai. C’est de cette confrontation que j’ai besoin, pour être capable de relever le défi de ma vie.

Avançons.

Georges

NB Avant de nous élancer dans cette aventure, je tiens à te confier un secret. Mes parents ont été accompagnés leur vie durant par un ami de papa, Roger, rencontré lors de leurs combats de jeunesse. Un ami imposant, pesant, oppressant. Irais-je jusqu’à dire que j’ai eu deux pères ?  J’hésite à l’écrire. J’ai toujours distingué leur rôle. Je ressens pour papa une tendresse inexplicable malgré le silence qui a envahi notre relation. Je ne lui en veux pas de ses maladresses, de son incapacité à communiquer et exprimer le moindre sentiment. Je suis tellement conscient de ma difficulté à assumer mon rôle de père vis-à-vis de mes fils. Je les aime si fort, si mal. Quel enfant indigne je serais si je me permettais d’adresser à mon père des reproches que je formule à mon encontre ? Nous vivons avec nos infirmités. J’accepte les siennes, je subis les miennes. Je le remercie d’avoir parié sur mes capacités à grimper avec l’obstination dans l’univers professionnel par la seule force de ses poignets et d’y être reconnu. Je l’admire d’avoir mené son entreprise avec compétence et succès. Chapeau !

J’ai renoncé à comprendre pourquoi il a imposé à maman et à moi la présence de Roger. Cet homme me fichait la trouille. Voilà plusieurs années qu’il est mort. Son regard me poursuit. Un regard froid, dur, exigeant, qui me transperçait et me paralysait. Y brillait une source brûlante qui m’irradiait et s’emparait de mon être. Roger passait son temps à me dévaloriser. Il balayait mes efforts pour exceller à l’école, soulignait la moindre de mes erreurs, me ridiculisait, plaisantait de mon goût excessif pour les sucreries et se moquait de mon surpoids. Les parents ne lui reprochaient rien. Il jouissait d’une liberté totale de ton à mon égard. Maman me témoignait confiance et encouragements. Papa ne réagissait pas, semblant se défausser sur Roger de son autorité. Etrange dédoublement de père…

Je me surprends à te chuchoter cette confidence aujourd’hui. J’hésite à rayer les lignes précédentes. J’y renonce. Sans doute cet aveu, exprimé sans préméditation, est-il nécessaire. Pour aller de l’avant. Une clé que je te confie sans raison et sans réserve. Pour ouvrir quelle porte ? Libérer quel souvenir ? Fais-en bon usage.

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Patrice Obert