Qui portera le ciel ? Chapitre 39.

Qui portera le ciel ? Chapitre 39.

Quatrième partie : Le rayon d’émeraude.

Drôle de bonhomme qui m’écrit si peu sur les personnes qui l’entourent. Pourtant, son épouse, ses deux fils, ses vieux parents accaparés par la mort, façonnent son univers. Dans l’atelier, au gré de ses propos, ils apparaissent puis disparaissent, évidences qui lui viennent à l’esprit de façon naturelle. Ses messages écrits débordent de son étrange obsession, au point que je finis moi-même par penser Egor, réfléchir Egor, voir Egor. Je finirais presque par croire qu’Egor existe réellement et que nous sommes lancés à sa poursuite. Georges se dévoile multiple. Chacun de nous ne se dissimule-t-il pas de la sorte, caméléon insaisissable ? Je le découvre instruit, soucieux des affaires du monde, curieux des courants d’idées qui traversent notre humanité et sensible aux croyances qui imprègnent les peuples. Le cadre supérieur mène son job sans trop d’état d’âme. Le père de famille, attentif aux cursus universitaires de ses rejetons, leur financera, je serais prête à le parier, des études aux Etats-Unis ou en Australie pour leur assurer les meilleures conditions professionnelles. Le fils, si proche de sa maman, se démêle mal de sa relation avec son paternel, avec tout le poids d’incompréhension que porte ce mot compliqué. Saura-t-il un jour évoquer devant lui Roger, ce personnage trouble qui a perturbé le climat familial, semant, peut-être à son corps défendant, une onde d’ambiguïté malsaine dans son esprit d’enfant ? Il lui faudra vieillir encore un peu pour reconsidérer son héritage, relativiser puis recueillir avec bienveillance ce qu’il a reçu de ses parents. J’ai eu la chance d’avoir un père formidable. Je lui dois tant. Il a voulu que je réussisse mes études, m’a défendu contre mes frères, m’a appris à sortir mes griffes. Il est mort trop tôt, me laissant tant de regrets, mais aussi la volonté indéracinable de réaliser mes rêves de sculpture.

J’ai écrit à Georges que la décision de Stan déshonorait ses responsables. Elle est odieuse. Je lui ai enjoint de démissionner.

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Patrice Obert