Qui portera le ciel ? Chapitre 16

Qui portera le ciel ? Chapitre 16

Deuxième partie : Aïcha.

Georges

Tu reviens de nouveau, et avec insistance, sur les fonctions ménagères qu’Egor semble assumer avec aisance. Que veux-tu me dire ? Y crois-tu vraiment à ce rôle domestique dont l’air du temps voudrait nous convaincre qu’il remédiera au malheur du monde ? Te serais-tu vu, toi, pouponner toute la journée ? Tu connais mon combat militant. Je n’exerce pas ce métier de hussard par hasard, à charrier mes blocs de pierre. J’assume tout, tu le sais bien. Je suis homme à réparer les fuites, tenir mes comptes, négocier mes partenariats. Mais aussi totalement femme. Je te mets en garde, ne t’avance pas trop sur ce terrain glissant. Tu auras contre toi la gente masculine, qui ne te pardonnera pas, et la moitié de l’humanité, qui ne te comprendra pas. Si tu te soucies de tes lecteurs et lectrices, ne va pas leur compliquer la tâche, ne leur casse pas leurs représentations.

Tu me parlais dans ton premier message d’une mission qui te menait en Chine. Comme tu es avare d’informations ! Détaille-moi cette expédition secrète, apaise ma curiosité. Elle m’intrigue. Que découvres-tu dans ce pays de fantasme au bout du monde ?

Et puis, Georges, sois moins sérieux. Délivre le joueur en toi. Amuse-moi, raconte-moi des histoires. Je voudrais entendre ton personnage. Tu cherches des excuses. Tu peines à décrypter son identité, ses propos, ses intentions. Tu t’interroges sur les relations qu’il entretient avec ses filles, sur ses rapports avec son épouse. Tu voudrais le cerner et l’identifier avant de commencer ton roman. Pourquoi ne pas renverser ton approche ? Te lancer dans l’écriture et miser sur le fil de la plume pour le surprendre dans son quotidien ? Lever pas à pas les incertitudes ? Dénouer les nœuds de ce personnage à chaque escale ? N’as-tu jamais envisagé – ce n’est qu’une piste – de le mettre en résonance avec toi ? Je te soupçonne de vouloir te protéger derrière un statut d’observateur extérieur et neutre. Crois-tu que tu t’en tireras ainsi ? L’écriture est dangereuse, Georges, autant que la sculpture. Des passions dévorantes. Elles ne laissent pas indemnes. Cesse d’être ce cadre rationnel, exhaustif, posant ses hypothèses, déroulant ses raisonnements, recherchant et analysant les causalités. Attends-toi à être bousculé.

Allons, Georges, continue et bon courage pour la suite.

Gloria

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Patrice Obert