Qui portera le ciel ? Chapitre 1

Qui portera le ciel ? Chapitre 1

Le roman d’Egor

Première partie

ROGER

Chapitre 1

Ne poursuivre dans la vie qu’un seul et unique but. Je ne me pardonne pas d’avoir oublié mes passions de jeunesse. L’âge venant, je me rends compte que je suis passé à côté de l’essentiel en remettant toujours à plus tard ce qui aurait dû être le cœur de mon existence. Me voici en Chine depuis quelques jours. Le professionnel consciencieux que je suis ne supporte déjà plus cette cité fabuleuse et effrayante de Shang Zhou où il se retrouve perdu et sans repères pour servir les intérêts d’une firme qui le paie grassement pour une mission sordide. Étrange nécessité de résider à des milliers de kilomètres de mon pays natal pour prendre conscience de ce besoin vital. De chez nous, dans la tranquillité quotidienne de nos plaines, je ne parvenais pas à identifier ce projet qui me hante depuis toujours. Qui a dit que les paysages nous rendent intelligents ? Ici, je suis envahi de doutes, sans boussole, étranger à ces montagnes pourtant magnifiques, égaré dans cette ville qui s’étend aux dimensions de la Chine sur des dizaines de kilomètres. Incapable de retrouver mon hôtel, lire le nom de ma rue, m’orienter, me renseigner, puisque ces Chinois gênés n’ont que leur sourire à offrir à mes questions en anglais. Une voiture de l’usine passe me chercher, me conduit à mon bureau, me dépose. Le soir, elle me récupère. Il aura fallu ce dépaysement, ce sentiment bizarre, angoissant et paradoxalement apaisant, un espace vierge ouvert devant moi, ce choc de l’inconnu pour que je sois en mesure d’énoncer, avec une netteté qui m’étonne, cet impératif, écrire l’histoire d’Égor.

Gloria, merci de m’accompagner dans cette aventure singulière. Tu connais mes engagements. Toute ma vie, j’ai été un combattant de l’utile. Je me suis investi dans ma profession, y ai donné le meilleur de moi-même, me suis consacré sans compter à ce job que j’estimais indispensable. Cette activité me prenait la chair et les os, me dévorait. J’ai repoussé jusqu’à aujourd’hui l’évidence. Elle s’impose à moi, brûlante. Ecrire cette histoire-là.

Ne me demande pas de définir avec précision ce que j’attends de toi. Sois à mes côtés, fidèle et critique. Encourage-moi, j’en aurai besoin. Fais-moi confiance.

Georges

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Patrice Obert